Pourquoi l'IA oublie-t-elle tout ?
Parce qu'une conversation fonctionne comme une fenêtre : ce qui en sort est perdu.
L'IA travaille avec ce qu'on lui montre au moment de la demande. Fermez la conversation, et ce contexte disparaît. Certaines offres gardent quelques souvenirs d'un échange à l'autre, mais ce sont des fragments, choisis par l'outil.
Pour une entreprise, ce n'est pas assez. Un agent qui prépare un rendez-vous doit savoir ce qu'on a dit au client la dernière fois, ce que l'entreprise affirme et ce qu'elle s'interdit.
Que faut-il lui donner à retenir ?
Trois choses, que j'ai séparées dès le départ.
- Les faits qui font foi. Ce que l'entreprise est, vend et peut prouver. Les chiffres validés, les références qu'on a le droit de citer, les formulations autorisées et interdites. Une seule version, à jour.
- Les décisions datées. Chaque arbitrage du dirigeant, avec sa date et sa raison. « Le 12, j'ai décidé de ne plus démarcher tel type de cible, parce que… » Sans cela, l'agent refait demain la proposition refusée hier.
- Le journal de chaque action. Ce qui a été fait, quand, avec quel résultat. C'est la trace qui permet de reprendre un sujet sans tout reconstituer.
Les procédures, elles, vivent à part : ce sont les compétences écrites. Elles pointent vers la mémoire au lieu de recopier les faits.
Où ranger cette mémoire ?
Dans des documents simples, que chaque agent lit avant d'agir.
Pas besoin d'outil sophistiqué. Des fichiers texte bien nommés, rangés au même endroit, suffisent. L'essentiel est qu'il n'y ait qu'une source par sujet. Deux versions d'un même fait, et l'IA choisira la mauvaise un jour sur deux.
Dans mon système, cette base est partagée par les 10 agents. Celui qui prépare un rendez-vous et celui qui rédige un article lisent les mêmes faits. Ils ne peuvent pas se contredire.
Comment la tenir à jour ?
Au fil de l'eau, et jamais de mémoire.
Chaque décision prise en réunion ou au téléphone s'écrit le jour même, avec sa date. Chaque fait nouveau entre dans le document qui fait foi, et l'ancienne version part aux archives.
Chez moi, une partie de ce travail est faite par le système lui-même. Je dicte une décision en vocal, elle est consignée, datée, et rangée au bon endroit.
Un rythme de revue aide aussi : une fois par semaine, on relit ce qui a bougé et on retire ce qui est périmé.
Que change une mémoire partagée ?
La cohérence.
Un dirigeant de PME est souvent la seule mémoire de son entreprise. Tout passe par lui, et tout se perd quand il est débordé. Une mémoire écrite et partagée sort l'entreprise de sa tête.
Elle change aussi la qualité de ce que produit l'IA. Les erreurs les plus courantes viennent d'un contexte manquant. Avec la bonne mémoire, l'IA invente moins, parce qu'elle a la réponse sous les yeux. C'est l'objet de l'article Hallucinations de l'IA : les règles qui protègent une PME.